Brouillard

Plaines immaculées aux accents de silence
L’insomnie est errance étoilée de néant
Aux dunes de papier, la caravane est lasse
Et les mots se sont tus

Au loin, par transparence, quelques gouttes de lune
Quête insensée
Quête essentielle

Un papillon aux plumes flétries
Se débat aux parois du brouillard

Un papillon aux plumes taries…

L’encre perle à mes yeux
               – Elle a un goût de nuit

Autrefois, le silence

Autrefois
J'étais là
Mais vous n'y étiez pas

J'étais là
Esseulée
Maîtresse incontestée

De mes heures
De mes mondes
Des repos intérieurs

J’étais là
J’étais reine
Je dessinais le temps

J'embrassais
L'horizon
Des pensées infinies

En buvant
Le silence
Avec délectation

Haïkus confinés

Courts, faciles à composer (quoique) avec leurs trois vers de 5-7-5 syllabes, les haïkus me font toujours l’effet de petites bouchées à croquer ! Je vous en livre ici une petite fournée brûlante – à prendre avec un bon café, si le cœur vous en dit 😉

*****

Moteurs à l’arrêt
Rues désertées sous la lune
Le chant des crapauds

*****

L’homme confiné
Grignote le temps qui passe
Les oiseaux se marrent

*****

En bas dans la rue
Carrosseries rutilantes
Toiles d’araignées

*****

Monde dans l’urgence
Sirènes assourdissantes
Les pommiers en fleurs

*****

Ça vous dit d’essayer ?

Aux confins du chaos

Tout au long de la nuit, j’ai arpenté la terre ;
Et couru les chemins, et foulé la poussière.
J’ai franchi des ruisseaux, traversé des frontières ;
Respiré des forêts, des tapis de bruyère.
 
Tout au long de la nuit, j’ai embrassé les miens ;
Ceux qui sont juste là et ceux qui sont lointains.
J’ai serré sur mon cœur mes parents, mes enfants,
Et plaqué sur leurs joues de gros baisers sonnants.
 
Mais au petit matin, mes yeux se sont ouverts
Sur l’écran saturé des morts qu’on énumère.
Monde claquemuré, tenaillé par la peur ;
Nos portes verrouillées et nos vies à demeure.
 
Peut-être y aura-t-il, aux confins du chaos,
Un après, un printemps, un monde à nouveau beau ;
Mais ces cercueils scellés au milieu de l'absence...
Qui pourra restaurer notre belle insouciance ?

Désir d’exil

Aux mille et une nuits,
La vie n'est pas un conte,
Même si on sourit,
Si on se la raconte.

On aime son pays,
C'est le meilleur du monde ;
On partira aussi
Vers une contrée blonde.

Étrangers pour la vie,
 Mais la panse bien ronde.
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Quelques modestes vers retrouvés dans un endroit où ils n’étaient pas censés être…

Quelques modestes vers comme un clin d’œil, comme un pied de nez à l’habituelle léthargie hivernale…

La poésie recommencerait-elle à me titiller ? 🙂

Petits haïkus de saison…

…En guise de clin d’œil !

Châle sur l'épaule
À mes pieds le feu crépite
Frimas de l'hiver
En hibernation
Sous quelques couches de laine
L'esprit engourdi
Sous la cellophane
Petit carnet en attente
Mes mots reviendront

Au salon de mon cœur

Il y a dans mon cœur une grande maison
Qui résonne des jours au parfum d'insouciance
Où le temps coulait doux de saison en saison
Et semblait ne jamais voir la fin de l'enfance.

Quand la vie nous portait vers un autre horizon,
Nous retrouvions toujours la porte grande ouverte,
Et tous les maux du monde avaient pour guérison
Leurs yeux posés sur nous, pleins de confiance offerte.

Si les tuiles du toit sont bel et bien vendues,
Si les murs sont repeints, les cloisons abattues,
Si d'autres désormais y ont bâti leur nid ;

Au salon de mon cœur, en un jour immuable,
Comme à son habitude, au sortir de la table,
Papy s'est assoupi – et Mamy me sourit.
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Si un jour Alzheimer

Et si un jour j’oublie,
Si je ne sais plus où j’en suis,
Si mes pensées s’embrouillent,
Si mes pinceaux s’emmêlent ;

Si je ressasse sans cesse la même histoire,
Si je vous pose sans arrêt la même question,
Si je vous agace,
Si je vous épuise,
Si je vous afflige ;

Si vous me voyez m’effacer du monde,
Chaque jour un peu plus,
Jusqu’à ne plus connaître vos prénoms,
Jusqu’à ne plus rien savoir du tout,
Jusqu’à n’être plus que l’ombre de moi-même ;

Si un jour j’oublie,
Souvenez-vous alors 
De ma bonne humeur,
De mon grain de folie ;

Souvenez-vous de manier pour moi 
L’humour
Et la poésie.

Déracinée

Ici ou ailleurs
Vos yeux disent d'où viens-tu ?
Tu n'es pas des nôtres

Partout étrangère
Je ne sais où est ma place
Je n'ai plus de terre

Nomade moderne
Je porte en moi mes racines
Mes branches rebelles
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Le poème inaccessible

Le poète est un voyageur de l'inaccessible ;

Un arpenteur de rêves qui parcourt des étendues solitaires 
Aux senteurs d'absolu et de papier, 
Et qui étanche sa soif à la source d'une encre 
Au goût de nuit.

Mais sa quête est sans fin.

Chaque fois qu'il croit avoir atteint l'horizon, 
Il réalise qu'il a encore du chemin à faire.

Alors, il reprend sa course, 
Le cœur plein d'espoir.

Le prochain poème sera le bon.
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