Fin de l’été

Sous un ciel indocile à l’humeur fluctuante,
Le dernier jour d’été a coulé sur mes joues
Et les draps ont séché au vent des habitudes ;
Qu’il est loin le solstice qui nous rassemblera.

Sur l’écran des pensées, arabesques légères,
La certitude est douce et ses yeux de gazelle
Tout étoilés de joie à l’idée du retour.
Patience, nous dit-on ; je m’en remets au ciel.

C’est ma participation in extremis – et un peu brinquebalante, il faut bien le dire ! – au Challenge Écriture proposé par Marie. La contrainte de cette semaine était d’utiliser dans l’ordre les mots suivants :

Indocile, dernier, solstice, arabesques, certitude, gazelle, retour et ciel…

Portez-vous bien 🙂

Choisir le futur

J’ai entendu sa voix et elle m’a ramenée des années en arrière…

Cette voix rauque et autoritaire, rêche comme du papier de verre – je l’aurais reconnue entre mille. Malgré les deux décennies écoulées, elle résonne encore souvent dans ma mémoire, aussi forte et assurée qu’elle l’était ce jour-là, à travers la salle de lancement.

Pourtant l’homme qui s’agite aujourd’hui sous mes yeux n’a plus grand-chose du fier militaire que j’ai connu autrefois. Hirsute et dépenaillé au milieu de la Grand Place, il harangue nerveusement les passants qui s’écartent de lui la mine outrée, l’air dégoûté.

Même Julie a fait un détour pour l’éviter quand elle a traversé la place pour me rejoindre. Elle qui d’ordinaire récupère toutes les âmes en peine ! Il faut dire qu’elle n’aime pas beaucoup les discours alarmistes, ma Julie. Depuis la terrasse de notre café préféré, nous entendons distinctement l’homme promettre à qui veut l’entendre la fin du monde, l’effondrement écologique, l’extinction totale et définitive de toutes les espèces, y compris la nôtre, et tout un tas de catastrophes encore.

Je ne sais pas ce qui a bien pu lui arriver, mais il n’y pas le moindre doute, c’est bien lui : le Commandant Machin.

Je le revois droit comme un i devant nos rangs bien serrés. Rasé, peigné, tiré à quatre épingles dans son uniforme impeccable, il avait tenu à nous adresser quelques mots avant notre grand lancement. Derrière lui, la surface lisse du Miroir temporel nous renvoyait l’image d’une troupe disparate prête à partie en mission. Il était surmonté d’un cadran digital où scintillait en lettres rouges notre destination : « 3520 ».

C’était là que nous allions. En l’an 3520.

Depuis son invention quelques années plus tôt, le Miroir temporel avait donné lieu à de très nombreuses expéditions dans le passé. Mais le passé, c’était du domaine du connu. De vraies promenades de santé ! Le futur, en revanche, c’était l’inconnu total. Personne n’avait encore utilisé le Miroir pour aller dans ce sens-là. Nous devions être les premiers.

Pendant deux années, notre petite troupe de voyageurs temporels avait subi un entraînement rigoureux censé nous parer à toute éventualité : le chaud intense comme le froid polaire, le manque de ressources, la rencontre de populations hostiles…

Personne ne savait ce qu’il y avait de l’autre côté du Miroir. Les sondes qui avaient été envoyées étaient toutes revenues endommagées – ou n’étaient pas revenues du tout. Celle qui avait été expédiée en l’an 2230 avait fondu sous l’effet d’une chaleur extrême ; celle de 2320 était revenue enrobée d’une épaisse gangue de glace qu’on avait mis des mois à faire fondre. La dernière n’avait ni fondu ni gelé : elle avait été criblée de flèches.

Soldats, avait commencé le Commandant Machin…

Soldats… Ce mot sonnait étrangement à mes oreilles. Pour autant que je sache, je n’avais rien d’un soldat. Ni la résistance physique, ni l’état d’esprit (Obéir aux ordres, moi ? Quelle idée !). En réalité, c’était pour mes aptitudes linguistiques qu’ils m’avaient recrutée. Ils étaient venus me chercher jusque dans l’amphi où j’enseignais la philologie des langues anciennes. Ils disaient qu’ils avaient besoin d’une personne capable de décrypter n’importe quel idiome, un peu comme ces super-interprètes qui accompagnaient les grands explorateurs du XVIIIe siècle. Selon eux, j’étais cette personne-là.

J’avais d’abord essayé de leur expliquer qu’il y avait sans doute erreur sur la personne, que je n’avais rien d’une aventurière, ni d’une baroudeuse. Mais devant leur insistance – et la perspective d’une expérience extraordinaire qui ne me laissait pas indifférente, il faut bien le dire – je m’étais lancée dans cette incroyable aventure flanquée de Léa, mon assistante.

Soldats ! tançait la voix rocailleuse du Commandant Machin. Vous vous apprêtez à faire ce qu’aucun être humain n’a fait avant vous

Le jour du lancement tant attendu était arrivé. Dans quelques minutes, nous allions traverser le Miroir et découvrir de quoi était fait l’avenir.

Dans des gradins aménagés derrière une vitre blindée, l’homme de ma vie s’apprêtait à me regarder disparaître dans les brumes d’un monde mystérieux et peut-être dangereux. Dans ses bras, Julie dormait à poings fermés. Julie, ma petite Julie, avec sa bouche toute barbouillée de chocolat et les traces de son dernier gros chagrin sur ses joues potelées. Julie au pays des songes au moment où sa maman allait traverser le Miroir… Qui sait quand je la reverrai ?

Comme nous le savons tous, disait Machin, la mission pour laquelle vous vous préparez depuis des mois ne sera pas une mission facile

Pas facile, mais ô combien passionnante. J’avais tout préparé dans les moindres détails. Les lexiques, les glossaires, les carnets pour prendre des notes, et toutes sortes d’appareils pour effectuer des enregistrements. J’avais hâte d’aller à la rencontre de ces humains du futur…

De nombreux dangers vous attendent dont nous n’avons aucune idée

L’homme de ma vie m’adressait un sourire qui se voulait rassurant, tout en serrant Julie contre lui. Qui sait si je les reverrai…

Il se peut, continuait Machin, que certains d’entre vous ne reviennent pas

Je le savais depuis longtemps. Pourquoi est-ce que ces mots avaient soudain résonné différemment à mes oreilles ? Je n’en sais toujours rien.

Tout s’était passé très vite dans ma tête : le regard de l’homme de ma vie, les mots du Commandant Machin, le visage paisible de ma petite fille, le Miroir scintillant, captivant, fascinant. D’un côté, la découverte passionnante du futur, de l’autre, l’avenir de ma fille sans sa mère…

En une fraction de seconde, j’avais confié mon barda à Léa qui avait ouverts de grands yeux ronds – et j’étais sortie du rang.

Je ne pouvais pas faire ça à Julie.

C’est ma participation très très très tardive (mais c’est encore mardi, chez moi : il est 23:13 !!!) au défi #25 du Challenge Écriture proposé par Marie. La contrainte était de commencer et de terminer avec des phrases données.

Une phrase, dix mots

Je m’allongerai sous tes paupières. Lorsque tu les baisseras pour t’endormir, je lancerai de l’or dans ton sommeil. De l’or et des songes pareils à des nuages…

La phrase était là, resplendissante, éblouissante. Couchée de tout son long en travers de la page, elle m’adressait des sourires enjôleurs. Elle m’invitait à lui donner une suite digne d’elle.

Je m’attelai courageusement à la tâche. Ce devait être un feu d’artifice. Ce devait être la sensualité de l’encre sur le papier, la sublimation des images, la musique des rimes, le sacre de la poésie.

Ce devait être étincelant, superbe, magnifique. Je comptais les syllabes, les tercets, les quatrains, et toutes les étoiles du ciel ; et je me rêvais en poète des lendemains qui chantent…

Mais c’était sans compter sur la réalité.

Sournoise, elle vint se rappeler à moi, dure comme la pierre – sensible, comme le grain froissé des factures impayées.

Alors il me fallut faire preuve de sagesse ; renoncer pour un temps à mes rêves de saltimbanque.

La vie dans l’âme, je décidai de m’en retourner à ma besogneuse solitude, à mes heures de bourdonnante concentration, quand les mots et le café trop sucré coulent à flots dans mes neurones bouillonnants ; quand le temps s’accélère soudain en secondes sonnantes et trébuchantes.

C’est ma participation un peu tardive au défi #23 du Challenge Ecriture proposé par Marie.

La contrainte était d’écrire à partir de la phrase de Christian Bobin citée plus haut, en utilisant les mots : sacre, sensualité, sucré, sensible,sublimation, solitude, saltimbanque, sagesse, sourires et secondes.

Indéfectible

Au rendez-vous atmosphérique,
J’ai rencontré sa plume amie ;
C’était du côté de Saint-Patrick,
Au rendez-vous atmosphérique.

En quête d’harmonie cosmique,
Elle fredonnait « Let it be » ;
Au rendez-vous atmosphérique,
J’ai rencontré sa plume amie.

C’est ma participation au dernier défi de Marie, dans le cadre de son Challenge Écriture 2020. La contrainte était d’écrire un triolet…

Un clin d’œil pour un clin d’œil, en somme 😉