Sans queue ni tête

Très longtemps, j’ai rêvé de nettoyer le monde ;
Monde encrassé, mots insensés.
Insensés les serpents qui sifflent sur nos têtes ;
Têtes remplies, têtes bien pleines.
Pleines de certitudes, les foules poings levés ;
Levés les doutes, sus à l’ennemi !
L’ennemi désigné, chargé de tous les maux ;
Maux de tête, tête en vrac.
Vrac, tous leurs beaux discours bien enrobés de miel ;
Miel écœurant, sucre menteur.
Menteur est l’air du temps, l’entendez-vous grincer ?
Grincer des dents, crever de froid.
Froid le marbre des stèles et la mémoire du monde.

Une petite participation inopinée et presque incongrue au Challenge écriture de Marie.

La contrainte pour cette semaine #18 était d’écrire un texte ou un poème dans lequel le dernier mot de chaque phrase devait être repris au début de la phrase suivante.

J’aimais bien la musicalité et le rythme apportés par cette contrainte, alors je me suis laissée porter sans trop me prendre la tête – le résultat n’est pas très joyeux, j’en conviens, mais bon, on ne choisit pas toujours lesquels de nos mots ont envie de sortir prendre l’air 🙂

La symphonie de l’aube

L’aube est le moment de la journée que je préfère.

L’aube est un privilège ; un cadeau offert à une poignée de chanceux – ou d’insomniaques.

L’aube est une promesse, celle d’une page blanche à écrire. Celle d’un nouveau départ, d’un nouveau voyage.

À l’aube, le grand théâtre du monde se remet en mouvement. Jour après jour, le même spectacle se rejoue inlassablement ; chaque jour identique, chaque jour différent.

Les oiseaux sont les premiers à ouvrir le bal. Ils sont là bien avant les autres, bien avant qu’on puisse percevoir les premières lueurs du jour naissant. Ils piaillent, ils sifflent, ils gazouillent…

Leurs chants emplissent les vallées, résonnent dans les forêts, se répercutent dans les jardins.

Peu à peu, le ciel s’éclaircit et se colore. Il déploie toute la palette de ses pastels. Les premiers rayons filtrent, timides, à travers les nuages. Ils s’étirent doucement. Ils gagnent les façades des maisons endormies. Ils s’étendent jusqu’à la terre où les corolles des fleurs les recueillent.

Partout, la rosée scintille et resplendit. Elle transforme les toiles d’araignée en sublimes œuvres d’art.

Partout, le petit peuple de l’herbe reprend son ballet quotidien autour des fourmilières ; les abeilles se remettent à valser autour des lavandes.

En catimini, un renard solitaire traverse un champ d’olivier… Ici, deux petits lapins s’ébrouent devant leur terrier. Là-bas, sous les chênes, à l’orée du bois, un cerf majestueux fait danser sa ramure.

Peu à peu, le monde sort du sommeil…

Et soudain, le voilà ! Triomphant à travers le ciel, il darde fièrement ses rayons !

Le jour nouveau est arrivé. Debout !

Me revoici après plusieurs semaines de silence pour participer au Challenge écriture de Marie.

La contrainte de cette semaine #12 était d’écrire un texte à la première personne à partir de la 9ème symphonie de Beethoven – 3ème mouvement (Aïe, aïe, aïe ! Je me rends compte que je n’ai utilisé la première personne qu’une seule fois dans tout mon texte…)

Marie, je te remercie pour ces notes qui m’ont accompagnée tout au long de la journée. C’est assez drôle parce que je suis justement dans une phase « découverte de la musique classique » qui m’apporte énormément d’apaisement…

Crédit photo : StockSnap, Pixabay

En catimini

  • Et vous, alors ? Qu’est-ce que vous faites de beau depuis qu’ils ont décrété l’isolement total des vieux ? Vous ne vous ennuyez pas trop ?
  • Oh, ma foi, non… Je trouve toujours quelque chose à faire… J’ai repris mes ouvrages au point de croix pour m’occuper… Et puis, il y a la télé… Ça fait comme une présence, vous voyez ?
  • Ah ben moi, c’est pareil. Qu’est-ce que vous voulez ? Il faut savoir faire preuve d’imagination dans l’adversité.
  • Mais oui, c’est ce que je dis toujours. Il faut prendre son mal en patience…
  • Tout de même, cette fois-ci, je trouve qu’elle est mise à rude épreuve, notre patience !
  • Bah, ça passera, vous verrez… Elles sont bien agréables, ces allées. Avec toutes ces jolies fleurs.
  • Ah oui, ça fait du bien. J’aime beaucoup les jardinières de mon balcon, mais c’est quand même pas pareil !
  • Vous avez raison, Lucette. Ça ne remplace pas une belle promenade au soleil. Vous avez bien fait d’insister pour me convaincre de faire cette petite escapade.
  • Il faudra qu’on remette ça, un de ces jours, Denise. Qu’en pensez-vous ?
  • J’en serais enchantée, Lucette… Mais la prochaine fois, je pense que nous devrions choisir des tenues un peu plus loufoques. Nous passerions plus facilement inaperçues.
  • Bonne idée, Denise. Il ne faudrait pas qu’on découvre que nous nous sommes déguisées en jeunes pour sortir…

C’est ma participation fantaisiste au Challenge Écriture de Marie – tardive, une fois de plus, mais néanmoins présente (Ouf ! Mission accomplie !)…

La contrainte de cette semaine #4 était d’écrire un dialogue entre les deux personnes de la photographie ci-dessous, en incluant les mots suivants : croix, présence, imagination, loufoque, allées et fleurs.

Photo par Marie Kléber

Au jardin

Ça faisait bientôt un an qu’elle vivait comme ça, entre ses murs, seule du matin au soir, du soir au matin. Seule pour dormir. Seule pour manger. Seule pour trainer sa vieille carcasse entre les deux pièces qu’elle occupait au rez-de-chaussée. Seule pour tuer ce temps si long.

Avant, elle avait des tas d’activités. Elle sortait presque tous les jours. Elle rendait visite à ses amies ; elle participait à toutes sortes d’ateliers organisés pour le troisième âge. Il y avait des voyages, aussi. Des sorties culturelles. Elle avait toujours de quoi s’occuper l’esprit ; de quoi éviter d’aller remuer les eaux troubles du passé. Et puis, elle avait de la compagnie, aussi. Ça aide pour tromper l’absence.

Avant, elle trouvait qu’elle ne s’en sortait pas si mal ; qu’elle parvenait à vivre sans lui, malgré tout. Qu’elle parvenait à remplir un tant soit peu le vide qu’il avait laissé. Cinquante ans d’amour, ça ne s’efface pas comme ça. Cinquante ans de vie commune qui avaient pris fin de manière abrupte. Elle avait lutté âprement pour ne pas perdre le goût de vivre.

Et puis, ce fichu virus était arrivé, qui avait brisé en mille petits morceaux son fragile équilibre. Plus de sorties, plus de voyages, plus d’ateliers, plus de visites… La solitude, tout le temps. Ses quatre murs et rien d’autre.

La télé pour seul horizon, et le téléphone de temps en temps, pour garder un semblant de lien…

Pourtant, elle ne voulait pas se laisser aller. Il fallait continuer, remplir de belles choses toutes ces heures creuses. Alors, elle s’occupait. Elle cousait. Elle brodait. Elle faisait du crochet… Elle s’était mise à fabriquer des masques aussi, pour une association.

Et puis, elle avait recommencé à jardiner, dans sa petite cour. Quand il était là, c’était surtout lui qui s’en occupait ; qui plantait, arrosait, bouturait… C’était lui qui avait la main verte. Elle, elle le regardait faire par la fenêtre de la cuisine. Elle lui souriait quand il se relevait de ses plates-bandes, les genoux noircis, les mains pleines de terreau, heureux comme un pape dans son minuscule jardin urbain.

Avec le confinement, elle avait recommencé à passer du temps dans cette cour. Elle avait recommencé à prendre soin des fleurs qu’il avait plantées autrefois. Et contre toute attente, ça lui avait fait du bien. C’était un peu comme s’il était là, tout près d’elle. Ça lui donnait de la force pour continuer. Un jour à la fois.

Les murs, l’isolement, la solitude, elle ne voulait pas y penser. Elle ne voulait pas les voir. Ses yeux usés, elle prenait soin de les poser sur de jolies choses : le petit coin de paradis qu’il lui avait aménagé au fil des années ; les roses et les fuchsias qu’il lui avait laissés.

On ne l’attendait plus et finalement, la voici : ma modeste participation au Challenge Écriture de Marie.

La contrainte de cette semaine #3 était d’écrire un texte à la troisième personne à partir de l’arrière-plan de cette photo :

Photo par Marie Kléber

De l’infinie tristesse des couchers de soleil

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours ressenti un incompréhensible pincement au cœur à la vue des couchers de soleil, et mon âme d’enfant a longtemps souffert en silence pour le Petit Prince qui lui, pouvait en regarder jusqu’à quarante-trois en une seule journée ! Sa tristesse me semblait être à la limite du supportable.

Il m’a fallu du temps pour comprendre que ce qui me faisait mal, c’était le sentiment de solitude que je pouvais ressentir face au sublime et à l’impossibilité pour moi de le partager – de le partager vraiment – parfois parce que j’étais réellement seule à ce moment-là, mais parfois aussi parce que les autres autour de moi ne ressentaient manifestement pas le même émerveillement.

Un coucher de soleil, c’est un embrasement délicieux des pupilles, un flamboiement grandiose de couleurs et de lumières qui se reproduit chaque jour et qui, pourtant, chaque jour est unique. Un coucher de soleil, c’est le beau à l’état pur, celui qui apaise l’âme et la nettoie de toutes les imperfections du monde ; celui qui vous élève et vous fait entrevoir, au-delà de la finitude des jours, quelques bribes d’éternité…

Et là, au milieu de votre extase, alors que des larmes de bonheur commencent à envahir vos yeux et que vous êtes prêt à entrer en communion ultime avec ceux qui ont la chance d’assister à ce même spectacle, on vous assène un « Ouais, ouais, c’est super joli… Bon, on y va ?! »

Fin de l’été

Sous un ciel indocile à l’humeur fluctuante,
Le dernier jour d’été a coulé sur mes joues
Et les draps ont séché au vent des habitudes ;
Qu’il est loin le solstice qui nous rassemblera.

Sur l’écran des pensées, arabesques légères,
La certitude est douce et ses yeux de gazelle
Tout étoilés de joie à l’idée du retour.
Patience, nous dit-on ; je m’en remets au ciel.

C’est ma participation in extremis – et un peu brinquebalante, il faut bien le dire ! – au Challenge Écriture proposé par Marie. La contrainte de cette semaine était d’utiliser dans l’ordre les mots suivants :

Indocile, dernier, solstice, arabesques, certitude, gazelle, retour et ciel…

Portez-vous bien 🙂

Où le vent nous mène

Challenge Écriture #18

Écrire sans réfléchir, sans se prendre la tête, sans essayer de construire quoi que ce soit… C’est le dernier défi qui a été lancé par Marie dans le cadre de son Challenge Écriture 2020.

Écrire sans réfléchir… C’est exactement ce que j’ai envie de faire en ce moment !

Me planter simplement devant mon clavier, inspirer profondément, et lâcher les mots. Sans chercher à les contenir, sans chercher à les ordonner. Juste les regarder surgir, pêle-mêle, dans un grand désordre. Une cacophonie de mots qui s’ébrouent bruyamment avant de prendre leur envol. Regardez-les : ils planent haut dans le ciel. Ils emplissent l’horizon. Une nuée de mots de toutes les couleurs, de toutes les saveurs – car les mots ont une saveur, je le sais.

Mais pour la goûter, il faut savoir prendre le temps. Il faut savoir l’accueillir quand elle naît dans les recoins des papilles. Vous la sentez ? Elle pétille au palais ou fond sur le bout de la langue ; elle craque délicatement sous la dent. Ma préférée est celle qui s’écoule délicieusement comme une eau de source fraîche et pure. Une symphonie de lune liquide que l’on sirote à toutes petites gorgées. Seuls les très grands écrivains sont capables de produire un tel nectar, vous savez. Ce n’est pas donné à tout le monde. Il faut savoir sublimer le goût naturel des mots. Les assaisonner avec parcimonie. Surveiller soigneusement leur cuisson…

Voilà qui m’a donné l’eau à la bouche.

Et tous ces petits mots alléchants qui volettent de-ci, de-là, devant mes yeux… Si seulement je pouvais en attraper quelques-uns – pour les croquer ! Ils ne me joueront sans doute pas le concerto des grands auteurs, mais avec un peu de chance, ils auront un cœur fondant.

Les oscillations du pendule

Fare il pendolare*…

C’est exactement ce qu’il fait depuis huit ans maintenant. Ou est-ce neuf ?

Faire le pendule : osciller entre deux endroits. Être en suspens, en mouvement perpétuel. Jamais posé. Jamais reposé. A peine arrivé, déjà reparti.

Ici, là-bas,

Ici, là-bas…

Toute une vie intermittente faite d’au revoir et de retrouvailles, de pauses, d’attentes. De repères sans cesse bouleversés.

Chaque semaine, se quitter. Rester un peu hébétée devant la porte qui se referme, puis reprendre le fil de la solitude là où il s’était brisé – jusqu’à la fois suivante.

Chaque semaine, se retrouver. Se réapprendre. Se remettre au diapason l’un de l’autre. Se réinventer.

Chaque semaine, mois après mois. Année après année.

Ici, là-bas,

Ici, là-bas…

Jusqu’à ce qu’un insolite temps cloîtré ne vienne stopper net les oscillations d’un pendule pourtant bien rodé.

Ensemble.

Jour et nuit. Nuit et jour. Semaine après semaine.

Le pendule est arrêté. Il n’y a plus de là-bas. Il n’y a plus qu’un ici, où nos trajectoires doivent soudain s’organiser entre quatre murs. Où nos plages de silence doivent s’aménager dans le bruit mutuel.

Ensemble.

Comme jamais depuis si longtemps.

Et réaliser que c’est doux. Que c’est tendre. Que c’est possible.

Que ce temps immobile est une aubaine

– Entre deux oscillations.

*Fare il pendolare : expression italienne qui signifie « faire la navette ».

Horizons

Mes yeux sont fatigués.

Toute la journée rivés sur des fenêtres étroites, porteuses de mauvaises nouvelles ; confinés entre quatre murs de verre aux reflets scintillants, clignotants, aveuglants.

Mes yeux sont éreintés.

Ils rêvent de grands espaces, d’horizons colorés. De plonger dans le bleu d’océans insondables, de survoler l’émeraude de forêts abyssales ; de vagues de blés mûrs ondulant sous le vent, d’éclatants coquelicots à perte de vue.

Ils rêvent d’un monde qu’ils verraient eux-mêmes, de leurs propres yeux.

Sans filtre.

Sans écran.

Nouvelle passion, nouveau blog !

Chers amis lecteurs,

Si je ne suis plus présente ici depuis plusieurs mois, c’est que je me suis trouvée une nouvelle passion dévorante et chronophage : la généalogie !

Et bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de créer un nouveau blog (un de plus !) pour l’occasion. Je crois que j’adore créer des blogs, en fait !

Désormais, si le sujet vous intéresse, vous pourrez me lire sur :

Auprès de mon arbre

by Picography_Pixabay.jpg
Crédit photo

Je ne serai pas loin. Dans tous les cas, je reste poète dans l’âme et attrapeuse de belles images 🙂

À bientôt…

Du bleu plein les yeux

Trois petites filles aux yeux de braise avaient rêvé la ville bleue.

Trois petites filles aux cheveux sauvages, aux mèches indomptables comme l’Afrique, et parlant la langue nordique de mes ancêtres aux yeux d’azur.

Trois petites filles venues de loin retrouver ici leurs racines, et décidées coûte que coûte à profiter de leur voyage.

Alors il nous fallut partir.

En dépit de l’heure tardive, en dépit du souffle brûlant d’un vent du sud chargé de sable, il nous fallut prendre la route et parcourir des kilomètres.

Mais nous n’avons rien regretté. Ni la chaleur, ni le danger, ni les lacets à flanc de montagne.

Au bout d’une route difficile, trois petites filles venues du nord ont apaisé leurs yeux de braise dans un dédale bleu glacier.

Chefchaouen, au nord du Maroc, le 1er août 2018.

 

Les voir partir

Tout d’abord, il fut seul. Petit Prince tombé du ciel sous nos yeux éblouis. Centre de nos jours, de nos nuits, de nos très jeunes vies. Tout à coup, nous voilà famille. L’avenir prend tout son sens.

Puis très vite, ils furent deux. Si différents, si complémentaires. Le jour et la nuit. L’ordre et le chaos. La fraise et le chocolat. Un duo parfait pour partir à l’aventure.

Bientôt, ils furent trois. Un partenaire de plus dans la fine équipe. Deux iris gris métal fixés sur ses frères et deux petits pieds pressés de courir à leurs trousses.

Enfin, ils furent quatre. Quelques grammes de douceur dans ce monde de brutes. Un petit cœur dévoué pour veiller sur la troupe.

Ainsi va la vie. Les années passent et les familles s’agrandissent.
S’agrandissent.
S’agrandissent.

Les semaines et les mois s’enchaînent à toute allure sans même qu’on s’en rende compte et un beau jour, sans qu’on l’ait vu venir, c’est le temps des départs, qui se succèdent, année après année, et nous voilà bientôt seuls dans notre nid vide.

Ils étaient donc quatre. Puis ils furent trois et un autre lointain. Puis ils furent deux et deux autres lointains. Puis…

Le moment approche du troisième envol.
Du vide abyssal.
De l’absence qui fait mal.

Surtout ne dites rien.
Il ne doivent rien savoir
De ce trou qui bée dans mon cœur de mère.

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