Du bleu plein les yeux

Trois petites filles aux yeux de braise avaient rêvé la ville bleue.

Trois petites filles aux cheveux sauvages, aux mèches indomptables comme l’Afrique, et parlant la langue nordique de mes ancêtres aux yeux d’azur.

Trois petites filles venues de loin retrouver ici leurs racines, et décidées coûte que coûte à profiter de leur voyage.

Alors il nous fallut partir.

En dépit de l’heure tardive, en dépit du souffle brûlant d’un vent du sud chargé de sable, il nous fallut prendre la route et parcourir des kilomètres.

Mais nous n’avons rien regretté. Ni la chaleur, ni le danger, ni les lacets à flanc de montagne.

Au bout d’une route difficile, trois petites filles venues du nord ont apaisé leurs yeux de braise dans un dédale bleu glacier.

Chefchaouen, au nord du Maroc, le 1er août 2018.

 

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Si un jour Alzheimer

Et si un jour j’oublie,

Si je ne sais plus où j’en suis,

Si mes pensées s’embrouillent,

Si mes pinceaux s’emmêlent ;

 

Si je ressasse sans cesse la même histoire,

Si je vous pose sans arrêt la même question,

Si je vous agace,

Si je vous épuise,

Si je vous afflige ;

 

Si vous me voyez m’effacer du monde,

Chaque jour un peu plus,

Jusqu’à ne plus connaître vos prénoms,

Jusqu’à ne plus rien savoir du tout,

Jusqu’à n’être plus que l’ombre de moi-même ;

 

Si un jour j’oublie,

Souvenez-vous alors de ma bonne humeur,

De mon grain de folie ;

Souvenez-vous de manier pour moi l’humour,

Et la poésie.

 

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Déracinée

Ici ou ailleurs
Vos yeux disent d’où viens-tu ?
Tu n’es pas des nôtres

Partout étrangère
Je ne sais où est ma place
Je n’ai plus de terre

Nomade moderne
Je porte en moi mes racines
Mes branches rebelles

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Le poème inaccessible

 

Le poète est un voyageur de l’inaccessible ;

Un arpenteur de rêves qui parcourt des étendues solitaires aux senteurs d’absolu et de papier, et qui étanche sa soif à la source d’une encre au goût de nuit.

Mais sa quête est sans fin.

Chaque fois qu’il croit avoir atteint l’horizon, il réalise qu’il a encore du chemin à faire.

Alors, il reprend sa course le cœur plein d’espoir.

Le prochain poème sera le bon.

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D’encre et de vent

Écrire
Hennir
S’enfuir
Galoper à travers la plaine
Dans le vent

Écrire
Plonger
Nager
Parcourir les vagues d’écume
Et de vent

Écrire
Voler
Planer
Survoler la terre blonde
Sous le vent

Hope

Les voir partir

Tout d’abord, il fut seul. Petit Prince tombé du ciel sous nos yeux éblouis. Centre de nos jours, de nos nuits, de nos très jeunes vies. Tout à coup, nous voilà famille. L’avenir prend tout son sens.

Puis très vite, ils furent deux. Si différents, si complémentaires. Le jour et la nuit. L’ordre et le chaos. La fraise et le chocolat. Un duo parfait pour partir à l’aventure.

Bientôt, ils furent trois. Un partenaire de plus dans la fine équipe. Deux iris gris métal fixés sur ses frères et deux petits pieds pressés de courir à leurs trousses.

Enfin, ils furent quatre. Quelques grammes de douceur dans ce monde de brutes. Un petit cœur dévoué pour veiller sur la troupe.

Ainsi va la vie. Les années passent et les familles s’agrandissent.
S’agrandissent.
S’agrandissent.

Les semaines et les mois s’enchaînent à toute allure sans même qu’on s’en rende compte et un beau jour, sans qu’on l’ait vu venir, c’est le temps des départs, qui se succèdent, année après année, et nous voilà bientôt seuls dans notre nid vide.

Ils étaient donc quatre. Puis ils furent trois et un autre lointain. Puis ils furent deux et deux autres lointains. Puis…

Le moment approche du troisième envol.
Du vide abyssal.
De l’absence qui fait mal.

Surtout ne dites rien.
Il ne doivent rien savoir
De ce trou qui bée dans mon cœur de mère.

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Comme une bulle de savon

Parfois, quand vient le soir, quand ma tête repose,
Je vois sortir de l’ombre une foule de mots
Qui s’animent bientôt dans un joyeux chaos
Pour venir défiler sous mes paupières closes.

Les voici qui tournoient en une farandole
De phrases bariolées qui cherchent à rimer
Puis s’alignent enfin en vers bien ordonnés
Suspendus dans le vent sous une lune folle.

Doux sommeil, te voilà ! Regarde le poème
Qu’ont accroché pour moi les mots sous l’astre blême ;
Il ne me reste plus qu’à le cueillir sans bruit.

Alors tout doucement, d’une plume légère,
Je tente d’attraper mon poème éphémère
Qui dans un discret « plop » éclate dans la nuit.

 

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Un modeste sonnet, probablement dans sa version provisoire. Toutes vos critiques constructives et suggestions d’amélioration sont les bienvenues…

Timide saison

 

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Voici venir l’été,

Sur la pointe des pieds…

 

Un p’tit été discret

Tout confus d’exister

Tout recroquevillé

 

Un été gris argent

Tout habillé de vent

Et qui répugne encore

À mettre le nez dehors

 

Voici venir l’été,

Il est là, je l’attends…

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Ramadan encore un peu

Entre aspiration et appréhension, entre préparation et adoration, ainsi se déroulent les derniers jours du mois de Ramadan.

L’aïd est déjà dans toutes les têtes ; quels gâteaux, quels biscuits ? Quelle tenue pour la mosquée ?

Mais Ramadan est toujours là et ses nuits sont plus ferventes que jamais. Prière après prière, la nuit qui est meilleure que mille mois s’espère et se désire. On souhaite par dessus tout ne pas passer à côté. On scrute le ciel pour essayer d’y distinguer des signes. On se prosterne sous les étoiles en implorant mille pardons et autant de bienfaits.

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Dans quelques jours, la vie redeviendra « normale ». L’esprit n’aura plus à soumettre le corps. On pourra se laisser aller. On recommencera à s’agiter sans craindre la soif. On sirotera du café à longueur de journée en oubliant à quel point c’est exceptionnel de pouvoir le faire.

Pourtant à l’approche de cette « relâche » à laquelle le corps aspire, le cœur se met à trembler…

Parviendrons-nous à maintenir le même recueillement, la même proximité, une fois le mois sacré terminé ? Saurons-nous garder la foi vive dans nos cœurs pour le restant de l’année ?

Ou retomberons-nous aussi vite dans tous nos travers en regrettant les jours bénis où nous jeûnions heureux ?

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