Frénésie

Ça commence dès les premières lueurs du jour. Un bip bip strident vient vous arracher à la douceur de la nuit pour vous replonger brutalement dans votre quotidien. Dans la foulée, l’appareil en profite pour se reconnecter. Toute l’actu des dernières heures se met à défiler sur votre écran à coups de tidoup…tidoup…tidoup

France 24 vous assène sans ménagement un attentat-suicide ou une prise d’otages, un accident de train ou la famine à l’autre bout du monde. Chaque alerte qui s’affiche sur fond pastel apporte son lot de morts ou de blessés, mais vous ne les voyez pas. Vous êtes déjà en train de commenter la photo du gâteau au chocolat que votre sœur a fait la veille, ou de souhaiter un très joyeux anniversaire à une amie d’enfance dont vous ne savez plus grand-chose.

Vous buvez votre café en consultant vos mails. Vous lisez distraitement quelques articles de blogs sans un regard pour vos proches.

Dans la voiture, la radio se met en marche en même temps que le moteur. Sans vous demander votre avis, elle vous balance les températures de la journée dans une langue que vous ne comprenez pas, mais vous ne les entendez pas. Dans vos oreilles, ça fait comme un vague bourdonnement auquel vous ne prêtez aucune attention. Vous finissez par vous surprendre  à fredonner une chanson qui vous insupporte. Telle un marteau piqueur, elle vous remue les méninges de son rythme obsédant.

Chez le dentiste, la salle d’attente est pleine. Les patients lèvent à peine le nez de leur portable quand vous entrez. Sur un mur de la pièce, un téléviseur diffuse un documentaire de voyage qui n’intéresse personne. Vous avez de la chance : une fois entrée dans le cabinet, vous pourrez continuer à admirer ses eaux turquoise et ses plages de sable blond pendant qu’on vous triturera les dents.

Au supermarché, la musique d’ambiance est très vite couverte par un affreux tintamarre promotionnel : à l’occasion de l’anniversaire du magasin, une sono de fortune a été installée dans la galerie histoire de vous déglinguer les tympans pendant que vous pourvoyez aux besoins de votre petite tribu.

Vous passez en coup de vent à l’épicerie du quartier où la vendeuse ne vous accorde qu’un vague regard – les yeux rivés sur le petit écran placé juste à côté de la caisse, elle suit assidûment les rebondissements d’un feuilleton mexicain à l’eau de rose.

En rentrant chez vous, vous êtes immédiatement assaillie, dès le seuil, par la mélodie monotone et entêtante des manèges d’en face tandis qu’en maîtresse absolue du foyer, la télé emplit de sa présence tout le salon. Monstres et explosions se succèdent bruyamment dans l’indifférence la plus totale.

Vous parcourez les pièces à la recherche de votre progéniture que vous découvrez lobotomisée devant autant d’écrans qu’il y a de paires d’yeux en ces lieux. D’une chambre à l’autre, ce n’est que boums et bans sur fond de petite musique répétitive et agaçante, le tout ponctué des tidoup d’une conversation en réseau…

À ce moment, un message d’alerte provenant du fond de votre sac vous annonce une nouvelle série de morts quelque part sur la planète, tandis qu’un autre vous propose le régime miracle de l’été…

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Et si on revenait à quelque chose de plus essentiel ?

Et si, pour changer, on goûtait ensemble un peu de paix et de silence ?

*****

Un petit texte souvenir, publié sur l’ancien Bleu lavande en juin 2014 !
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Comme une bulle de savon

Parfois, quand vient le soir, quand ma tête repose,
Je vois sortir de l’ombre une foule de mots
Qui s’animent bientôt dans un joyeux chaos
Pour venir défiler sous mes paupières closes.

Les voici qui tournoient en une farandole
De phrases bariolées qui cherchent à rimer
Puis s’alignent enfin en vers bien ordonnés
Suspendus dans le vent sous une lune folle.

Doux sommeil, te voilà ! Regarde le poème
Qu’ont accroché pour moi les mots sous l’astre blême ;
Il ne me reste plus qu’à le cueillir sans bruit.

Alors tout doucement, d’une plume légère,
Je tente d’attraper mon poème éphémère
Qui dans un discret « plop » éclate dans la nuit.

 

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Un modeste sonnet, probablement dans sa version provisoire. Toutes vos critiques constructives et suggestions d’amélioration sont les bienvenues…

Timide saison

 

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Voici venir l’été,

Sur la pointe des pieds…

 

Un p’tit été discret

Tout confus d’exister

Tout recroquevillé

 

Un été gris argent

Tout habillé de vent

Et qui répugne encore

À mettre le nez dehors

 

Voici venir l’été,

Il est là, je l’attends…

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De l’alternance du jour et de la nuit

La douleur est-elle punition ou purification ? – s’interroge parfois celui qui croit lorsqu’il traverse une mauvaise passe.

Sans doute n’apprécions-nous vraiment les choses qu’après avoir connu leur contraire.

La présence des uns et des autres ne nous réjouit jamais autant qu’après une longue absence ; un repas n’est jamais aussi savoureux que lorsqu’il est pris au terme d’une journée de jeûne ; et une goutte d’eau – une simple goutte d’eau – ne sera jamais aussi délicieuse qu’après une traversée du désert.

Il faut avoir connu la froideur de la pluie pour apprécier le soleil à son juste éclat.

Il faut avoir goûté à l’obscurité pour avoir soif de lumière.

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La maladie succède donc à la santé comme la nuit succède au jour et c’est alors – et alors seulement – que l’on mesure la somme incroyable des petits gestes qu’il nous est donné d’accomplir chaque jour sans même y penser.
C’est alors – et alors seulement – que l’on réalise pleinement l’étendue de notre chance ordinaire.

Punition ou purification ?

Et si c’était plutôt « éducation » ?

Al-hamdoulillah, chaque expérience nous apprend 🙂

 

Ramadan encore un peu

Entre aspiration et appréhension, entre préparation et adoration, ainsi se déroulent les derniers jours du mois de Ramadan.

L’aïd est déjà dans toutes les têtes ; quels gâteaux, quels biscuits ? Quelle tenue pour la mosquée ?

Mais Ramadan est toujours là et ses nuits sont plus ferventes que jamais. Prière après prière, la nuit qui est meilleure que mille mois s’espère et se désire. On souhaite par dessus tout ne pas passer à côté. On scrute le ciel pour essayer d’y distinguer des signes. On se prosterne sous les étoiles en implorant mille pardons et autant de bienfaits.

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Dans quelques jours, la vie redeviendra « normale ». L’esprit n’aura plus à soumettre le corps. On pourra se laisser aller. On recommencera à s’agiter sans craindre la soif. On sirotera du café à longueur de journée en oubliant à quel point c’est exceptionnel de pouvoir le faire.

Pourtant à l’approche de cette « relâche » à laquelle le corps aspire, le cœur se met à trembler…

Parviendrons-nous à maintenir le même recueillement, la même proximité, une fois le mois sacré terminé ? Saurons-nous garder la foi vive dans nos cœurs pour le restant de l’année ?

Ou retomberons-nous aussi vite dans tous nos travers en regrettant les jours bénis où nous jeûnions heureux ?

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The French way

Un bon plat de crêpes*,
De crêpes bien de chez nous,
Pour couper le jeûne,
Notre jeûne à nous.

*Réalisées de manière très artistique par mon grand fiston 🙂

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Lent le Ramadan

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Jour après jour
Nuit après nuit
S’écoule lent
Le Ramadan
Ses heures creuses
Ses ventres vides
Ses soirées longues
Ses tablées pleines
Et la prière
Et la prière
Et le Coran
Que l’on apprend
Sous les étoiles
Et qui apaise
Les tourments
Nuit après nuit
Jour après jour
Au fil du temps
Le Ramadan

Une histoire de croissant

Sous le croissant pâle

Table ronde en Ramadan

Déjeune en famille

 

Repas attendu

Répit nocturne du corps

Repos de l’esprit

 

Après la prière

Symphonie pour les papilles

Tout un mois de fête

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Une petite succession de haïkus de circonstance. Vous vous souvenez, le haïku, c’est un tout petit poème de seulement trois vers avec 5-7-5 syllabes, sans rimes ni ponctuation. Ils me font l’effet de petites bouchées à croquer, ça tombe bien !